Safia Lebdi : « Le danger couru par les Ukrainiennes de Femen est réel »

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Leurs seins nus attirent le regard. C’est bien normal, et c’est leur but : depuis quatre ans, les couronnes de fleurs dans les cheveux et le corps à demi dénudé des jeunes femmes blondes du mouvement ukrainien Femen ont fait le tour du monde sur internet. En s’exposant ainsi, ces féministes new wave veulent se rapproprier un corps marchandisé par la société et vu uniquement comme objet sexuel.

Nourries des écrits de Simone de Beauvoir, elles refusent le rôle de gentilles filles et d’épouses qu’on voudrait leur imposer. Nues et offertes aux regards, ces jeunes femmes en colère choquent en faisant de leur corps une arme revendiquée.

Elles manifestent donc régulièrement, de façon non violente, contre le sexisme, le harcèlement sexuel, ou la main-mise de la Russie sur le gouvernement, mais aussi contre l’interdiction de conduire pour les Saoudiennes et les droits des femmes en Iran.

Plus récemment, elles se sont mobilisées contre le tourisme sexuel qui s’est fortement développé dans leur pays ces dernières années et contre la prostitution, qui a explosé à l’occasion de l’Euro 2012 en Ukraine et en Pologne.

Safia Lebdi, conseillère régionale d’Ile-de-France pour EELV, co-fondatrice de Ni putes Ni soumises, puis des Insoumises et de Femen France, n’a pas hésité à manifester ainsi sur le parvis des Droits-de-l’homme le 31 mars dernier, au Trocadéro à Paris, en signe de soutien aux femmes arabes, et devant l’ambassade d’Ukraine le 1er juin pour réclamer une compétition de football sans prostitution.

De retour de Pologne et d’Ukraine, où elle est allée soutenir les Femen ukrainiennes, elle admire leur courage :

« Faire partie de Femen, cela veut dire agir, c’est vouloir rendre visibles les femmes dans l’espace public d’où elles sont encore trop souvent exclues. En France, le retour en arrière des droits des femmes rend cela encore plus urgent qu’à l’époque où nous avons créé Ni putes Ni soumises. Mais là-bas, en Ukraine, c’est encore pire, car il s’agit d’une dictature. Le danger que ces jeunes femmes courent est véritable, trois d’entre elles ont été ainsi arrêtées brutalement la semaine dernière, interrogées jusqu’à l’aube, et sont maintenant sous une surveillance accrue de la part de l’Etat. Mais que va-t-il se passer lorsque les caméras, venues pour le foot, vont partir ? Elles risquent la prison, les viols et la torture… »

Alors, pour soutenir et protéger ces activistes, la conseillère régionale d’Ile-de-France se prend à rêver :

« J’ai été stupéfaite de découvrir le poids de mon passeport français lorsque je suis allée en Pologne manifester avec elles contre le tourisme sexuel provoqué par l’Euro de football ! Bien qu’arrêtée sans ménagement par la police, j’ai aussitôt bénéficié de l’immunité due à mon rôle d’élue de la République. Je ne me suis jamais sentie aussi puissante de ma vie ! Alors je me demande pourquoi, nous les élu-e-s, et eux les député-e-s européen-ne-s, au lieu de perdre notre temps dans d’innombrables réunions de commissions diverses, nous n’utilisons pas notre réputation pour aller ici et là soutenir les luttes des peuples sur le terrain ! Nous y serions sans doute plus utiles… ».

Moïra Sauvage – EGALITE

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